Madame Zhang sort de son appartement. Elle porte ce manteau bleu marine qui ressemble à un sac de couchage. Celui dont certaines coutures délimitent des petits coussins qui retiennent les plumes de
canard.
Elle descend les escaliers et dit bonjour aux voisins qu'elle croise. Monsieur Liu a toujours mal à ses articulations et Madame Zhao vente les mérites de sa petite fille qui marche déjà malgré son
très jeune âge. Madame Zhang passe le portail de la résidence et fait un petit signe à l'intention de Lao Hu, le gardien. Elle lui rapportera une fiole d'alcool de céréales, pour l'aider à passer
la nuit dans sa petite guitoune.
Madame Zhang se rend tout d'abord chez le coiffeur. Elle y retrouve sa soeur, et les deux femmes passent une heure à bavarder tout en se faisant coiffer les cheveux, vernir les ongles et masser les
épaules. Une fois la métamorphose accomplie et les sujets de commérages épuisés, Madame Zhang et sa soeur quittent le salon de coiffure non sans bien sûr s'être au préalable chaimallées pour savoir
qui des deux enviterait l'autre.
Madame Zhang laisse sa soeur qui a rendez-vous avec des amies pour jouer au mahjong et se dirige vers la banque.
La banque n'est pas loin et Madame Zhang ne prendra donc pas le bus. En chemin elle manque de se faire bousculer par le conducteur imprudent d'un vélo électrique naturellement silencieux, et
qu'elle n'avait donc pas vu arriver. Une femme porte dans ses bras son bébé vêtu d'un pull dont la capuche ressemble à la tête d'un animal. On dirait un petit tigre.
Arrivée devant l'établissement elle gravit les marches qui la séparent de la porte tambour et le gardien dont l'uniforme pourrait être confondu avec celui d'un militaire ou d'un policier la salue
d'un signe de tête. Ce dernier suit Madame Zhang jusqu'à la borne où les clients sont censer prendre un ticket et faire la queue, et va lui-même poser son index sur l'écran tactile, puis attrape le
ticket lorsqu'il sort de la fente situé sur le côté droit de la machine et le tend à Madame Zhang. Sur le ticket est inscrit le numéro 1012. Encore cinq clients avant le tour de Madame Zhang. Pour
patienter elle écoute les conversations de ses voisins. Lui a acheté des actions d'une certaine entreprise de télécom du Hebei. L'autre s'énerve au téléphone avec sa femme semble-t-il. Puis Madame
Zhang jette un oeil au panneau lumineux qui lui dit que 1023 Renminbi font 100 euros.
1012 !! C'est le tour de Madame Zhang. Elle se lève, se dirige vers le guichet qui vient de se libérer et sort son livret de compte. Elle se penche un peu en avant afin que son visage arrive à la
hauteur de l'interphone encastré dans la vitre à l'épreuve des balles qui la sépare de l'employée de banque. Cette dernière lui fait répéter le montant exact que Madame Zhang veut retirer. 1 000.
Oui c'est bien ça.
La dame du guichet demande à sa cliente de taper son code secret puis se lève et s'eclipse quelques minutes. Elle va chercher les billets dans le coffre fort. A son retour, Madame Zhang aperçoit
les billets jaunes rassemblés dans ses mains en une petite pile parfaitement ordonnée. La banquière place les billets dans une machine qui compte toute seule les billets, puis recommence une
seconde fois pour s'assurer de la quantité exacte de billets qu'elle remettra à Madame Zhang. Enfin elle recompte une troisième fois à la main. Madame Zhang glisse les billets dans une enveloppe de
papier qu'elle met dans son sac et quitte la banque.
Son fils est étudiant à Toulouse et revient passer le nouvel an chinois en famille. Ses parents, pour lui faire plaisir lui remettront une enveloppe rouge remplie de ces billets de 50 euros. Quel
beau cadeau pour la nouvelle année du Rat.