Mardi 13 novembre 2007
L'homme sort d'une petite camionnette poussiéreuse,
Il dépose des cagettes en plastique bleu
Sur un chariot de métal.

Dans les cagettes,
Des sacs de poubelle noirs.
De ces sacs à poubelles
Dépassent les pattes d'une demi douzaine de poulets.

Tu devines que ceux-ci
Sont destinés à être soit bouillis,
ou encore sautés ou bien grillés.

Un second homme,
Car le premier est le conducteur du mini-van
Et son travail s'arrête une fois la cargaison livrée à son destinataire,
Tire le chariot et s'éloigne du parking.

En suivant cet homme des yeux,
Tu t'aperçois que dans l'autre main,
La droite,
Il tient un autre sac à poubelle.
Mais cette fois
Le contenu est bien vivant.
Une ficelle rouge lui lie les pattes et le museau.

Dans ses yeux,
Tu crois déceler une lueur de chagrin.
Mais sans doute est-ce un des effets de l'anthropomorphisme.

Ce petit animal,
Au poil jaune-gris,
Le museau allongé,
Tu le verrais bien avec un bandana rouge attaché autour du cou,
N'a sans doute aucune conscience de ce qui l'attend...

Tu tournes les talons et te demande pourquoi ce chien est toujours vivant lorsqu'il arrive aux cuisines.
par Jonas publié dans : lesjoetlesbasdejonas
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Jeudi 14 juin 2007
Dans certaines villes de Chine,
L'attente aux feux de signalisation
Est accompagnée d'un compte à rebours électronique.

La durée de cette attente
Est généralement et en moyenne
D'environ 60 secondes.
Pendant ce laps de temps
Ce sont une centaine de personnes qui à pieds,
A vélo, à scooter, à moto, en voiture, en taxi, en bus, en camion
Ou chevauchant tout autre engin dont la Chine a le secret,
Qui traversent l'intersection perpendiculairement.

Le fait que cette durée soit matérialisée par un décompte digital
Rend l'espace temps beaucoup plus étendu qu'il n'y paraît.
Au lieu d'aider l'usager à patienter,
C'est comme si cette horloge artificielle allongeait le temps.
Ces 60 secondes apparaissent infinies.

C'est alors que l'on est capable d'apprécier l'écoulement du temps.
On réalise pendant ces 60 secondes que cette centaine de personnes,
Chacune à son tour et en même temps,
Consomme une certaine quantité d'oxygène contenue dans l'air.

C'est cet oxygène,
Qui consommé par les mitochondries,
Détruit ces dernières un peu plus à chaque instant.
Ce sont ces mitochondries,
Qui oxydées sous l'effet de l'oxygène,
Se désagrègent petit à petit.
C'est parce que ces mitochondries se désagrègent
Que nous vieillissons indéniablement

Alors pendant ces 60 secondes d'attente,
On devient spectateur du vieillissement de cette centaine de personnes.
C'est la conscience du temps qui passe,
Lentement,
Qui rend possible cette constatation.

Je respire à pleins poumons et me rapproche un peu plus de ma mort.
par Jonas publié dans : lesjoetlesbasdejonas
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Jeudi 31 mai 2007
Je sursaute pour la énième fois de la journée
Quel est ce bruit nasillard, sec et surpuissant
Qui me surprend lors de mes déplacements
Les autres ne semblent pourtant pas agacés

Pour un oui ou pour un non
L'usage du Klaxon est de mise dans toutes les situations
Qu'il tourne à gauche, qu'il tourne à droite
Qu'il avance ou qu'il recule

Un cycliste, un piéton
Il ne manque pas de leur donner le ton
Qu'il soit utile ou non, on aime à utiliser le Klaxon
Les voitures sont achetées en fonction de ce son

Mais si un jour un réel danger guette
Tous les Klaxons du pays
Ne seront pas suffisants
Pour alerter la personne qui se trouve juste devant

Je me bouche les oreilles et ferme les yeux
par Jonas publié dans : lesjoetlesbasdejonas
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Lundi 28 mai 2007
Je pénètre dans les toilettes
Une musique se fait entendre
Elle provient d'un téléphone
Tenu par la main droite d'un homme accroupi

Car dans les toilettes publiques il n'y as pas de lumière
L'homme a laissé sa porte ouverte
Pour bien être certain de ne pas risquer
De se chier sur les pieds

La musique accompagne le processus
D'expulsion de ses déchets intestinaux
Alors que je finis d'uriner
L'odeur de ses excréments me parvient aux narines

Je tire la chasse d'eau et disparais
par Jonas publié dans : lesjoetlesbasdejonas
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Lundi 16 avril 2007
    Il fait un temps magnifique aujourd'hui, et comme tout le monde, tu décides d'aller faire un tour en ville. Tu optes pour la "Rue du Fleuve perlé", rebaptisée tristement la "Rue des ordinateurs" en raison de la densité excessive des magasins informatiques qui occupent chaque mètre carré de l'avenue. Mais en y réfléchissant bien, le nom de "Fleuve perlé" est un peu délicat à utiliser depuis que la rivière qui longe cette rue est devenue noire. La surface de cette eau pestilentielle bouillonne à longueur de journée. Tu imagines les tuyaux d'évacuation des eaux usées des complexes immobiliers qui s'évèlent de chaque côté de la rivière s'y déverser sans discontinuité, et tu ne peux réfréner une grimace de dégoût (voir section photo).
   
    Sur le trottoir, beaucoup de monde, sur la route, beaucoup de monde, en voiture beaucoup de monde. Tu es devenu maître dans l'art d'éviter les passants. Habile sur tes deux jambes, tu plies les genoux, pivotes sur tes hanches, tends les bras pour garder l'équilibre. Tu es capable dorénavant de  te faufiler entre un scooter qui roule, sur le trottoir, en sens inverse, à ta droite, et un gros balourd qui marche lentement sans regarder devant lui, à ta gauche. Tu es obligé de découvrir chaque jour de nouvelles techniques car tu es souvent pressé. Les gens autour de toi sont lents. Ils flânent, alors que toi, tu souhaiterais au plus vite passer l'épreuve de la foule pour te retrouver dans les petites ruelles calmes qui mènent au musée qui commémore le traité de paix signé en 1947 par les représentants du Gouvernement nationaliste chinois et du Parti communiste chinois.

    En évoluant sur le trottoir bondé, tu aperçois une jeune fille d'environ une vingtaine d'années qui tient dans ses bras un paquet de tracts colorés. Tu t'approches et réussis plus ou moins à voir, imprimées sur le papier glacé, des photos d'imprimantes, de scanners et autres périphériques informatiques. "Rue des ordinateurs" oblige. Tu refuses gentiment d'attraper un des feuillets qu'elle te tend à la volée et poursuis ton chemin en laissant la jeune fille et ses tracts derrière toi.

    Tu marches cinq mètres de plus et là, tu t'arrêtes net, frappé de stupeur. Le flot des passants manque à peine de te heurter, alors tu t'écartes un peu, trouves une place au calme, mais sans quitter des yeux l'aberration qui défit ta logique et ta raison. Une dame  beaucoup plus âgée que la jeune femme collecte les tracts jetés sur la chaussée par les passants inintéressés. En observant davantage tu verras une autre femme, postée également à cinq mètres de la jeune fille aux tracts, mais opérant cette fois dans le sens opposé. Les deux femmes, d'environ 50 ans, se tiennent debout sur le trottoir avec un grand sac de plastique à la main. C'est le genre de sac qui sert à transporter le riz ou le ciment, au choix. Tu ne peux détourner le regard de ce spectacle sidérant. Et pendant que ton cerveau opère sa chimie pour tenter de comprendre ce qui se trame sous tes yeux, les deux femmes au sac ont le temps de récupérer une dizaine de papiers abandonnés. Mais plus tu les observes plus tu les vois ne plus se contenter de ramasser les papiers jetés au sol. Il faut bien préciser qu'il n'y a pas de poubelle au coin de la rue et ces deux femmes sont bien gentilles d'accomplir ce geste pourtant si naturel quand on y réfléchit bien, qui est de plier en deux le tract de papier, de le glisser dans sa poche, et de le garder pour une lecture ultérieure ou bien pour le jeter dans la prochaine poubelle croisée.
    Les femmes trottinent d'un passant à l'autre pour leur prendre des mains la publicité de papier, et la glisser dans leur grand sac qu'elles traînent sur le sol à leur côté.

    Alors soudain tout devient clair. Ces deux femmes, si elles accumulent une certaine quantité de papier, seront dans la possibilité d'en tirer un bon prix en revendant leur tribu ainsi glané à une quelconque entreprise de recyclage des déchets. Certaines personnes te diront : "Mais c'est formidable ! Le papier au lieu de joncher les rues est directement emporté des mains de la tracteuse à l'entreprise de recyclage". Mais c'est justement cet état de fait qui te turlupine le ciboulot. Tu essaies alors de retracer la chronologie des faits.

    La jeune fille distribue un tract à un passant. Le passant prend le tract de sa main gauche, ou droite ça dépend comment tu te places. La femme âgée prend le tract dans la main du passant et le jette dans son sac. Le sac une fois rempli est acheminé jusqu'à un point de collecte des produits à recycler. La jeune fille gagne de l'argent pour distribuer de la publicité et les deux femmes aussi, en récoltant les papiers qui ont échoué dans leur entreprise de séduction de consommateurs potentiels. Mais là où le bât blesse c'est que le passant n'a même plus le temps de lire le tract qui lui est arraché des mains par les deux femmes en question, espérant récolter le plus possible de papier dans un temps moindre.
    L'opération revient donc à l'absurdité suivante : la jeune fille prend son paquet de prospectus et le dépose dans le sac des deux autres dames.

    Essayons d'imaginer maintenant le cycle de vie de ce papier glacé.
    Nous avons déjà vu comment le tract passe des mains de la jeune fille jusqu'à l'usine de recyclage. Le prospectus une fois déchiqueté avec ses semblables, sera broyé et retransformé à nouveau en papier.
    Quant est-il de la chaîne qui précède la scène de rue à laquelle tu viens d'assister ? Sans doute une personne est-elle chargée de distribuer les piles de publicité à ces jeunes filles et garçons qui passeront leur après-midi entière à tenter d'écouler leur marchandise auprès des accros de l'électro. Ensuite il faut une imprimerie et ses employés, un bureau de design, une agence de publicité, une papeterie, etc, etc... Mais d'où vient le papier sur lequel est imprimé la publicité ?
    C'est la que le problème est délicat. Si le papier vierge provient de l'usine de recyclage, alors la boucle est bouclée. En revanche, si des arbres sont coupés pour mettre en branle cette chaîne gigantesque tout au long de laquelle chacun apporte du sien dans l'espoir de gagner un peu d'argent, alors n'est-il pas un peu absurde que tant d'énergie, de savoir-faire, de temps, d'argent et de ressources soient dépensés pour un résultat nul : le passant ne lit même pas le tract qui est supposé lui être destiné.

    Alors, cercle vertueux, ou cercle vicieux ?
par Jonas publié dans : lesjoetlesbasdejonas
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